Croce del Papa

Le village du Bronze antique de Nola (Croce del Papa)

villaggio

La découverte d’une Pompéi préhistorique au pied du Vésuve

Début mai 2001, un site du Bronze ancien a été découvert à la périphérie de la ville de Nola, au nord-est de Naples, au cours de travaux de terrassement en vue de la construction d’une supérette et d’une copropriété. Ce n’est que quelques mois plus tard, la fouille menée par la Surintendance archéologique de Naples et de Caserte (sous la direction de Claude Albore et de son collègue italien, Giuseppe Vecchio, Inspecteur de la Surintendance archéologique et responsable du territoire) étant déjà bien avancée, que les journaux italiens ont annoncé à la Une la découverte d’une «Pompéi de la Préhistoire». Ils furent bientôt suivis par la plupart des mass médias européens.

En effet, la fouille de grande extension (1000 m2 environ), remettait au jour, à six mètres de profondeur, un groupe de trois cabanes ensevelies par une ancienne éruption du Vésuve (l’éruption des Ponces d’Avellino). L’Eruption des Ponces d’Avellino, ainsi nommée car elle s’était dirigée vers la ville portant ce nom à l’intérieur des terres, a été beaucoup plus dévastatrice que l’éruption de Pompéi, qui s’était dirigée vers la mer. Nous connaissions jusqu’à présent en Campanie de rares nécropoles et un certain nombre d’habitats du Bronze ancien détruits par l’éruption; l’état de conservation de ces derniers était généralement limité à des série de trous de poteaux relatifs à des structures domestiques et agricoles.

A Nola, les cabanes qui font partie d’un village bien plus vaste sont exceptionnellement conservées et puisqu’elles ont été abandonnées à l’improviste, elles permettent de cueillir la vie des habitants à l’instant de la catastrophe (Figura 1).

Fig1Nola-Panoramica
Fig. 1. Nola (Croce del Papa) – Deux cabanes en cours de dégagement.

La découverte est importante car pour la première fois il est possible d’étudier dans les moindres détails un village détruit en quelques heures par une éruption plinienne fort semblable à celle, qui, en 79 après J.-C., a recouvert les villes romaines à l’entour du Vésuve.

«L’intérêt de la fouille est que l’on se trouve dans une situation mixte unique en son genre; une situation de type Pompéi, où la ville a été ensevelie par des pierres ponces, et une situation qui ressemble à celle d’ Herculanum.

En effet, à la fin de l’éruption, durant la phase phréatomagmatique, un nuage turbulent de cendres et de vapeur d’eau a été projeté dans l’atmosphère; ces matériaux éruptifs fluidisés ont pénétré à l’intérieur des cabanes encore debout, fixant les objets dans la position qu’ils avaient au moment de la catastrophe (Fig.2 et 3).

Fig.2.-Nola.-Vasellame-abba
Fig.3.-Nola.-Forno

Fig. 2. Détail des vases dans la partie absidée.
Fig. 3.Détail du four .

Ce moulage naturel a permis que nombre de détails soient aujourd’hui parfaitement lisibles, comme le chaume qui revêtait les parois extérieures ou le tissu tendu sur une cloison interne. Les parois sont conservées sur près d’1 m 30 de hauteur (Fig.4), les structures internes et les fours comme la céramique en place, permettent de voir pour la première fois la forme qu’avaient les constructions et quelle était l’organisation des espaces.

Fig.4.-Nola.-Carpenteria
Fig. 4. Intérieur de l’une des cabanes dégagée des ponces qui la recouvrait. Le chaume a été enlevé et la charpenterie est parfaitement lisible. On note la présence du four dans la grande pièce et les chevrons qui descendent jusqu’au sol

L’éruption d’Avellino présente classiquement deux épisodes majeurs:

  • Le premier épisode correspond à une phase magmatique à ponces (éruption plinienne). Sur le site de Nola, ce premier épisode est marqué par un dépôt de ponces d’une épaisseur de 1, 20m/ 1,30m. Au niveau des cabanes, la chute des ponces a entraîné leur accumulation au pied des parois sans qu’il y ait eu effondrement important de la toiture. Il n’y a pas d’importante accumulation de ponces à l’intérieur des cabanes qui restent donc vides après ce premier épisode de l’éruption d’Avellino. Pour faire un parallèle avec l’éruption de Pompéi, c’est pendant un épisode plinien similaire que les toitures des édifices de Pompéi s’effondrent sous le poids des ponces.
  • Le second épisode correspond à un épisode phréatomagmatique. Sur le site de Nola, cet épisode est marqué par un niveau gris compact de matériel fin d’une épaisseur variable de m 0,22/0,40. Lors de l’épisode phréatomagmatique de l’éruption de Pompéi, les destructions ont été massives et les phénomènes de souffle sont bien marqués (surge). Dans le cas du site de Nola, il est clair que, lorsque le phénomène éruptif arrive sur le site, il possède une énergie diminuée (il est «en bout de course») qui n’a plus rien à voir avec la dynamique initiale d’un “surge”. Il étend sur tout le secteur mis au jour un linceul de cendres stériles. Seulement par endroits les archéologues notent des anomalies. Des zones où les ponces colorées de rouge et de brun sont remaniées par des écoulements aqueux et qui sont localisées dans la partie la plus haute des cabanes.
  • Lorsqu’on dégage les cendres fines qui recouvrent le site, lentement les cabanes apparaissent exceptionnellement bien conservées du fait de leur ennoiement par les produits fins en suspension dans les gaz et la vapeur d’eau qui ont pénétré sous forme d’une boue légère dans les structures encore debout. La finesse et la relative homogénéité du dépôt ont permis son accumulation et son introduction dans les moindres creux, phénomène illustré par le remplissage et le moulage non seulement de l’intérieur des cabanes mais également des objets (vases, fours, etc.) qui s’y trouvaient. Certains des objets présents dans les cabanes sont restés parfaitement en place, bloqués par les premières ponces qui ont filtrées à l’intérieur, à travers les ouvertures, alors que d’autres semblent «flotter» dans la masse de matériaux fins. Toutes ces observations nous conduisent à conclure que la mise en place de cet épisode s’est faite de façon relativement «calme», le matériel éruptif est fluidisé et son dynamisme est faible.
  • Cet épisode phréatomagmatique de l’éruption d’Avellino, sans doute ici enregistrés vers la fin de son parcours dévastateur présente des caractéristiques tout à fait spécifiques, en particulier un faible dynamisme, qui le différencient de celui de l’éruption de Pompéi qui est beaucoup plus destructeur.

La position de certains objets montre bien que l’éruption a surpris les habitants dans leurs occupations quotidiennes: autour du four étaient disposés les plats et les soutiens à pied haut sur lesquels étaient posés des tasses, une cruche était encore à l’intérieur du four (Fig.3). Les habitants avaient eu le temps de s’échapper, mais un chien était resté enfermé dans l’une des cabanes (Fig.5), de même, que neufs brebis gravides (Fig. 6) encore dans une cage en argile et en bois flexible.

Fig.5.-Nola.---Cane-imprigi
Fig.6.-Nola.---Pecore

Fig. 5. Un chien emprisonné derrière la paroi d’une maison
Fig. 6. Neufs brebis, prêtes à mettre bas, à l’intérieur d’une cage de bois et d’argile. A l’extérieur de la cage, une autre chèvre, gravide, était accrochée à la barrière de l’enclos.

Les cabanes étaient séparées du secteur où étaient concentrés les animaux domestiques (moutons, vaches, cochons) par un complexe système de barrières; les traces des sabots sont restées figées dans le sol recouvert par les produits volcaniques.

Soutenues par une série de poteaux en bois, les cabanes étaient constituées dans le cas des deux structures les plus courtes par deux pièces séparées par une cloison transversale en planches; dans le cas de la plus grande des cabanes (17 m de longueur) deux cloisons divisaient l’espace intérieur. Une porte mettait en communication les différentes pièces. Il semblerait que des ouvertures circulaires dans la toiture permettaient le passage de la lumière.

Dans la pièce la plus petite, de forme absidale, étaient stockées les denrées, tandis que la vie se déroulait principalement dans la pièce de plus grande dimension où se trouvait le foyer (Fig.2).

La partie habitée était construite en retrait des parois; des panneaux de cannisses liées ensembles, posés verticalement, l’isolaient des températures excessives. Il semblerait qu’une partie des cabanes ait possédé une mezzanine à laquelle il était possible d’accéder par une échelle, qui a d’ailleurs été retrouvée posée à terre dans l’une des cabanes. Plus de 200 vases parfaitement conservés ont été découverts au cours des fouilles, certains avec leur contenu (farine, amandes, etc.).

Différents motifs géométriques à incrustation de chaux plutôt inattendus dans ce contexte du Bronze ancien décorent des plats, des soutiens en forme de clepsydre et des vases carénés. Une découverte importante a été celle d’une statuette féminine derrière une cloison (Fig. 7) et celle d’un couvre – chef, unique en son genre, fait de plaquettes perforées en défense de jeunes porcs (Fig. 8-9).

Fig.7.-Idoletto-femminile
Fig. 7.Statuette-idole féminine.

Dall’interno dalla più piccola delle capanne messe in luce, è stato trovato perfettamente conservato un copricapo con uso ornamentale-rituale realizzato con placchette ricavate da denti di giovani maiali (sus scropha), che a tutt’oggi rappresenta un unicum nel suo genere (Figure 8 e 9).

Fig.9.-Copricapo
Fig.8.-Copricapo

Fig. 8.Couvre-chef fait de dents de jeunes porcs. Vue frontale
Figura 9. Couvre-chef fait de dents de jeunes porcs. Vue latérale

Des morceaux de viande séchée – des épaules de porc et de mouton – pendaient aux poutres. Devant l’entrée de l’une des cabanes étaient posés deux profonds paniers qui pouvaient contenir du fourrage pour les animaux. Une double file de poteaux protégeait aussi deux puits et une vaste zone consacrée vraisemblablement au battage du blé.

Des feuilles de chêne, quelques champignons et un lézard ont été retrouvés parfaitement conservés dans les ponces qui se sont amoncelées à l’extérieur des cabanes.

La Surintendance, aujourd’hui Surintendance Spéciale de Naples et Pompéi, entend reconstruire l’une des maisons dans les salles du Musée archéologique de Nola, qui apparaît aujourd’hui comme le prochain grand Musée de la Protohistoire Campanienne puisqu’il abritera quasi tous les objets provenant des nécropoles et des autres sites du Bronze ancien de la région.

A Nola seront exposés les moulages des deux fugitifs, les deux seuls connus jusqu’à présent, retrouvés à quelques kilomètres de Nola, sur la colline de S. Paolo Belsito, asphyxiés et ensevelis par les produits volcaniques de l’éruption d’Avellino. A quelques pas, sans doute, de leurs cabanes qui restent encore à découvrir. Sur la colline, une d’elles est en cours de construction selon la technique des maisons du Bronze ancien.